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bouchet
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Extrait du roman de chasse " Le Contre-pied " Empty Extrait du roman de chasse " Le Contre-pied "

Mer 13 Jan 2010 - 16:48
Précision: Yves est un chasseur novice


Jour J, mais pas tout à fait heure H ! Yves regarda sa montre :
encore cinq minutes ! Tambeault s’excitait dans l’express et grattait
les vitres. C’était mieux car sa première réaction d’impatience avait
été de bouffer la garniture des sièges.
Première constatation : ne pas sortir la carabine de son étui à
l’avance, ce simple geste entraînait un réflexe furieux et Pavlovien
du chien de chasse passionné.
Un coup de fusil résonna dans les marais et un vol de canards
passa juste au-dessus de la crête : un enragé de la gâchette avait
anticipé de quelques minutes l’heure légale de l’ouverture, c’était
déjà comme ça vingt huit ans auparavant ! Encore quatre minutes !
Se rappeler les consignes… Et éviter la charge du grand sanglier.
Sympa, la dernière recommandation du Grenouilleux quand il
partait se placer avec Raymond ! Par la vitre baissée, il lui avait
donné un ultime conseil :
- J’ai oublié de te dire que Tambeault a un petit défaut. Ce n’est
pas grave mais il faut que tu le saches : quand il se fait charger, il a
la petoche et a la fâcheuse manie de se réfugier entre les jambes de
son meneur pour se mettre à l’abri de l’attaque. C’est ainsi que je
me suis retrouvé à califourchon sur un ragot de cinquante kilos. Tu
te souviens, Raymond ?
Oui ! Raymond se souvenait car il avait ri de concert avec le
cavalier improvisé. Il avait ajouté :
- Si le chien revient vers toi à toute vitesse, la queue entre les
jambes, fais vite un saut de côté !
Yves pensa que si la plaisanterie n’était pas grave avec un
sanglier de taille modeste, ce genre d’exercice équestre pouvait
avoir des conséquences fâcheuses avec un vieux solitaire bougon.
Il y eut encore un coup de feu, puis un doublé, et enfin des
crépitements de détonations sur les étangs et les marais. C’était
l’heure H ! Il fallait choper par le collier Tambeault, au comble de
l’hystérie, pour pouvoir l’attacher à la laisse !
Ce fut plus facile que prévu car l’excité s était emmailloté et
ligoté dans une ceinture de sécurité !
Yves, la carabine à l’épaule, se fit tracter par le bruno qui tirait
comme un boeuf en soufflant tel un phoque jusqu’au faux-fuyant.
Après quelques toussotements rauques à la limite des
vomissements, l’époumoné décida enfin de flairer la piste. La
badine de noisetier qui servait de témoin était bien par terre : le
vieux solitaire était passé par-là cette nuit !
Deuxième constatation : le sanglier n’était pas le seul à
emprunter ce passage car en plus de l’empreinte monstrueuse et
luisante de boue du vieux solitaire, Yves distingua la trace plus
modeste d’un chevreuil. Il se souvint des paroles du Grenouilleux :
« Il ne faut pas qu’il parte au cul d’un chevreuil avant d’avoir senti
la trace du sanglier. » Bravo ! C’était évident sauf si les deux traces
se superposaient ! Que faire sinon rien ! Oui ! Vérifier que le chien
ne prend pas le contre ! Miracle ! Il ne le prenait pas et tirait sur la
laisse dans le bon sens en « ouinant ». Ouvrir le mousqueton !
Tambeault libéré partit comme une flèche en hurlant une rage trop
longtemps retenue.
Le vent ! Il n’avait pas « pris » le vent, de toute manière, c’était
trop tard !
La chasse monta droit vers la crête où ses deux compagnons
étaient postés. C’était une belle menée, il allait entendre claquer
bientôt les coups de carabine ! Non ! Un braillement de surprise
précéda un hurlement lancinant : le sanglier tenait le ferme ! La
clameur se répéta encore plusieurs fois puis ce fut le silence troublé
par quelques coups de feu sporadiques dans les marais.
Aller au ferme ! Il devait aller sur le ferme à bon vent, « dans la
figure, pour ne pas que ton odeur lui chatouille le groin. »
Troisième constatation : non seulement il n’y avait pas de vent
mais Yves ne savait plus où se trouvait Tambeault car il n’aboyait
plus. Il décida de monter la côte en direction des derniers
hurlements. Il entendit enfin une bordée de jappements hargneux
puis le tintement du grelot, toujours au même endroit. Il se dirigea
dans cette direction. Le fourré devenait de plus en plus épais et les
broussailles entravaient sa progression. Il bourra de l’épaule un
massif d’épines noires et aperçut enfin le chien qui se mit de
nouveau à s’égosiller en regardant fixement un roncier. Le sanglier
était baugé à cet endroit, juste devant lui, à moins de dix mètres ! Il
épaula et Tambeault, rassuré par une présence humaine, laissa
déborder sa haine en se jetant furieusement dans le buisson. Il y eut
des grognements, des hurlements, des craquements puis les
broussailles s’écartèrent et la tête grise du vieux solitaire apparut
juste dans sa ligne de visée. Il sentait sous son doigt le contact de la
détente, il allait tirer mais le bruno s’excitait de plus en plus en
s’intercalant entre la cible et le canon de carabine à la vitesse d’un
feu follet. A chaque fraction de seconde, apparaissaient dans son
champ de tir soit la hure du sanglier, soit le corps du chien. Il
tremblait d’émotion. Non ! Il ne pouvait pas lâcher une balle sans
risque, il devait attendre, attendre qu’il… parte… Il était parti !
Mais avec Tambeault qui lui mordait le flanc… C’était fini !... Il ne
le voyait plus ! Il suivit du bout du canon les ronces qui s’agitaient
encore. Les aboiements devinrent plus hargneux et c’est à ce
moment qu’il entendit un coup de fusil puis presque aussitôt un
second… La chasse continua, il jura mais une troisième détonation
lui redonna de l’espoir. Il s’appuya contre un arbre en tremblant
d’émotion et en se retenant de respirer pour mieux écouter. La
chasse s’était arrêtée… Ou avait passé la crête… Non ! Un long
coup de trompe suivi de rigodons annonça la mort du grand sanglier
et la fin de la traque.
Il remonta la côte en courant et aperçut d’abord Raymond qui
gesticulait en tous sens. Arrivé vers lui, Yves remarqua sa mine
déconfite.
- Qu’est ce qui te prend ? Tu n’as pas entendu les coups de
trompe ? Le Grenouilleux vient de tuer le solitaire !
Il se tortillait sur place.
- Je m’en veux, tu ne peux pas savoir comme je m’en veux ! Je
l’ai raté beau, en plein à découvert, il n’allait pas vite…
Il n’arrivait plus à parler et reprit sa respiration. Il était au bord
de la syncope.
- Calme-toi ! Ce n’est pas grave puisque le Grenouilleux l’a tiré
après toi.
Le vieux chasseur agita la tête dans un geste de négation et lâcha
d’un coup avec un spasme de la voix.
- Ce n’est pas lui ! C’est…
- C’est qui alors ?
- Ravier !
Cette révélation l’avait libéré mais ce fut Yves, abasourdi par la
déception, qui ne trouvait plus ses mots.
- Ravier ? Mais…
- Oui ! Je l’ai vu ce matin, il était posté sur la limite, à la borne
pointue. Il attendait qu’on lâche le chien. Je m’en veux, tu ne peux
pas savoir ! Un sanglier pareil ! A mon âge, je ne reverrai plus le
même !
- On va aller le voir, on croisera sûrement le Grenouilleux.
- La gueule qu’il doit faire ! C’est le pire qui puisse arriver ! Si je
n’avais fait que le rater, passe encore, mais se le faire toquer sous le
nez par…
Le pauvre n’osait même plus prononcer le nom de Ravier qui
sonnait à ses oreilles comme un blasphème. La progression sur la
ligne de crête devenait laborieuse car Raymond s’arrêtait toutes les
minutes pour laisser libre cours à ses lamentations en gémissant des
bribes de phrases.
- C’est fini ! Je ne reprendrai plus mon permis… Trop vieux…
Foutu !… Du temps de ton père… Je m’en veux !
Il faisait pitié mais à la dernière courbe, il se tut en apercevant
deux hommes. L’un était debout et l’autre à genoux devant une
masse grise sur laquelle Tambeault tournait sur place. Yves hâta le
pas en laissant son ami à ses geignements dépressifs. Il reconnut
d’abord Ravier mais remarqua que c’était le Grenouilleux qui se
tenait penché sur le corps du grand sanglier. En s’approchant de
plus près, il vit luire une lame de couteau. Plus près encore, il
discerna des paroles.
- Ça te fait chier Ravier, avoue ! Hein ? Ça te fait chier de voir
que je l’ai tapé à ta place.
Il essuya son couteau sur une touffe d’herbe. En se relevant, il
aperçut Yves
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